Deuil Périnatal (Intervention au CHP de Pau)

Jeudi 06 février 2020 Le Deuil Périnatal (Anouk Fonchain)

Un peu d’histoire pour faire lien avec l’intervention du Dr Chevalier.

Philippe Ariès, l’historien nous dit que par le passé, les familles étaient indifférentes à leur progéniture et que le sentiment de l’enfance et la notion de famille affective sont apparus tardivement.

 Simone Korff-Sausse, s’appuyant sur des recherches sur les représentations d’enfants présentes dès l’antiquité (sculptures, peintures) pense plutôt que l’attachement à l’enfant a toujours existé mais selon des modes d’expressions différents.

* C’est au 16ème siècle qu’apparaît le portrait de l’enfant mort représenté au sein de sa famille : sur ces peintures réservées aux nantis, l’enfant mort était représenté les yeux fermés, emmaillotés ou sous forme d’ange.

* A partir du 19ème siècle et du développement de la photographie, l’enfant est photographié sur son lit de mort entouré de fleurs, de cierges, de la couronne de mariée de la mère…

 

Pour les enfants plus grands une mise en scène était faite où l’enfant était installé dans une position qui donnait l’illusion de la vie.

Ces photos sont tirées du travail de Catherine Ruchon « Le photographe au chevet de la mort ».

Si vous êtes intéressés par cette plongée dans l’histoire, vous trouverez sur les moteurs de recherche beaucoup d’écrits sur l’anthropologie de la naissance.

Je voulais porter à votre connaissance cet élément qui m’a marqué :

En France, jusqu’en 1950 ( Pape Benoit 16), les nouveaux nés morts-nés, connaissaient une imprécision de leur statut d’humain tant qu’ils n’étaient pas baptisés. L’église refusait le baptême et l’enterrement de l’enfant mort non baptisé. Il partait dans les  « limbes » : son âme errait pour l’éternité et pouvait importuner les vivants. Il ne restait qu’une seule issue aux parents : exposer le cadavre de l’enfant devant une image ou statue dite « miraculeuse » (souvent la vierge Marie). On guettait minutieusement alors un signe de vie sur le corps de l’enfant (léger changement de couleur, différence de chaleur) pour procéder au « petit baptême ». C’est le rituel appelé  « le sanctuaire à répit ». Faire de cet enfant sans âme, un enfant de Dieu.

Mais le miracle n’avait pas souvent lieu, alors les parents enterraient clandestinement l’enfant contre le mur d’un lieu de culte « sous l’égout du toit » disait on . C’était un moyen empirique de sauver l’enfant, car on se persuadait que l’eau qui tombait sur le sanctuaire alors qu’on procédait au baptême d’un enfant bien vivant, bénéficierait au pauvre innocent.

Aujourd’hui la pratique de l’ondoiement est reconnue par l’église : il peut être effectué par un professionnel de la naissance ou les parents.

L’historien Jacques Gelis a fait un travail sur ces pratiques et je vous conseille Marie France Morel, historienne de la naissance et de la petite enfance ( vraiment passionnante à écouter et à lire).

Définition du mot "DEUIL"

C’est la Perte, le décès d’un parent, d’un ami.

C’est une Douleur, une affliction éprouvée à la suite du décès de quelqu’un, c’est l’état de celui qui l’éprouve.

Ce sont des Signes extérieurs liés à la mort d’un proche et consacrés par l’usage (porter le deuil).

C’est le Temps pendant lequel on porte ces signes extérieurs (durée du deuil).

C’est le Cortège funèbre (convoi).

Enfin ce sont les Processus psychiques mis en œuvre par le sujet à la perte d’un objet d’amour externe.

Que disent les sciences humaines de ces processus psychiques ?

La psychanalyse avec Sigmund Freud et son essai « Deuil et Mélancolie » en 1917, trace les différences entre un deuil normal et un deuil pathologique.
La mélancolie se caractérise du point de vue psychique par une dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité d’aimer, l’inhibition de toute activité et la diminution du sentiment d’estime de soi qui se manifeste en des auto reproches et des auto injures et va jusqu’à l’attente délirante du châtiment.
Dans le deuil, le monde est devenu pauvre et vide ; dans la mélancolie, c’est le moi lui-même.
Vous trouverez aussi des références à cette thématique chez Mélanie Klein ou Karl Abraham.

En 1969 c’est Elisabeth Kubler-Ross, psychiatre née en Suisse et exerçant aux Etats Unis qui a théorisé, ce qu’elle nomme la courbe du changement lors d’un deuil. C’est à elle que nous devons les 1ers travaux sur l’accompagnement des personnes en fin de vie, pionnière des soins palliatifs.

 

 

J’ai associé les éléments de cette courbe avec le déroulement du deuil normal évoqué par Marie-Frédérique Bacqué et Michel Hanus dans leur livre « Le Deuil ».

– LE CHOC, serait le temps zéro : il génère de la sidération mentale et même physique quelques fois. Des défenses puissantes peuvent s’activer avec des sensations de flottement, voire de dissociation ; une crise d’angoisse aïgue, des perceptions émoussées, une gestuelle mécanique, une prostration…Des réactions de blocage ou de fuite.
– LA NEGATION ensuite, qui est un mécanisme de protection (« ce n’est pas possible ») ; des comportements de recherche de la personne perdue sont mis en place, des illusions perceptives ; au total un état de stress qui déborde les capacités cognitives et ne permet pas d’intégrer ce qui arrive.
– LA COLERE, l’agressivité, la révolte, le vécu d’injustice, « si seulement »… et une sensation de solitude, d’abandon en parallèle.
– LA DEPRESSION, c’est le retour au présent, la tristesse, le vide, la conscience de ce qui n’est plus. C’est l’expression du chagrin du deuil. Les larmes peuvent décharger la tension : la personne est abattue, rumine, culpabilise.
– L’ACCEPTATION, accepter le fait qu’il n’y a pas de retour possible, accepter la mort de l’être cher et vivre sans lui. Un peu d’ambivalence/ à l’objet perdu peut alors être exprimée, les qualités et défauts du disparu sont évoqués sans culpabilité. Et il y a enfin l’acceptation de la possibilité de jouir à nouveau de la vie et une maturation de la considération de sa propre mort.
– LA RECONSTRUCTION, c’est un retour d’énergie, une construction de nouveaux repères. Reste la persistance de quelques réactions d’anniversaires.

A l’expression de Freud « travail du deuil », Pierre Fédida a préféré celui « d’œuvre de sépulture » dans le sens du respect et du soin, de l’honneur rendu par l’attribution d’une forme et d’un lieu pour le mort. Et c’est la parole qui construit les parois de ce tombeau où le mort prend toute sa place mais sa seule place (pas toute) et où il permet au vivant de s’approprier sa propre mort.

Le Deuil Périnatal

Est ce un deuil comme les autres ? Retrouve-t-on sensiblement le même déroulé ?

Un proverbe chinois dit «  la mort des parents c’est la perte du passé ; la mort d’un enfant c’est la perte de l’avenir ». 

Marie-José Soubieux dans son livre très complet intitulé «  Le Berceau Vide »,  parle plutôt de deuil singulier.

C’est à partir de son écrit et du dossier de la Revue Le Carnet Psy de janvier 2015 en particulier, et de mon expérience de plusieurs années maintenant dans l’accompagnement des parents ayant vécus des morts périnatales, que je vais essayer de vous parler de cette singularité.

 

Presque rien n’est de moi, les auteurs écrivent tellement mieux.

J’ai choisi par contre les mots qui étaient en accord avec ma clinique.

 

Selon les autorités de santé, la mortalité périnatale concerne les fœtus et les bébés décédés entre 22SA et 27 jours de vie révolus, mais la clinique nous montre que le deuil périnatal concernent de nombreuses situations :

– les Fausses couches spontanées ( FCS), quelque soit la date

– les Interruptions Médicales ( ou Thérapeutiques) de Grossesse ( IMG ou ITG)

– les Morts Foetale In-Utéro ( MFIU)

– la Perte d’un jumeau ( par DC spontané ou par réduction embryonnaire)

– Les décès précoces

mais aussi

-les IVG

-la Stérilité

-La prématurité

 

Marie-José Soubieux écrit qu’il y a  « Une collusion insupportable entre la vie et la mort, bousculant l’ordre des générations, survenant dans la fragilité de la grossesse, s’incrustant dans la chair meurtrie de la mère, questionnant la représentation parentale du bébé qui n’a pas vécu ( figure humaine, monstre, chose ?). La mort périnatale contraint les couples à un deuil singulier à double composante : narcissique et objectale. »

Elle poursuit : «  Faire le deuil d’un bébé c’est faire le deuil des parties infantiles de soi, des conflits non résolus, des relations rêvées parents-enfant soit pour les reproduire, soit pour les réparer. C’est faire le deuil d’être mère, d’être père aux yeux de la société. »

«  Dans cet enfant attendu, il y a leur enfant imaginaire, leurs rêves, leurs désirs de rivalité avec leurs propres parents, leur fécondité et l’assurance de leur immortalité. »

L’enfant n’est pas advenu, arrivent alors des sentiments d’infériorité, d’échec, d’indignité, voire de honte, une perte du sentiment d’estime de soi.

Sylvain Missonnier dit qu’une mère endeuillée n’est pas confrontée à la perte d’un objet externe mais «  à l’amputation d’une promesse, à la suspension stupéfiante d’un chantier en cours », elle a d’emblée en elle le mort et cette localisation intracorporelle est une menace mélancolique accrue. »

Le temps du deuil serait le temps pour concevoir que la vie de ce fœtus fut réalisée et en quoi elle le fut.

La langue française n’a pas de mots pour qualifier ce deuil, alors des parents inventent «  j’ai été désenfantée » dit Mme B.  «  je suis une mamange » dit Elodie.

 

D'abord il y a le moment de l'annonce

Un choc terrible, qui entraîne un sentiment d’anéantissement de soi et une perte des capacités psychiques habituelles : les parents n’arrivent plus à penser, à voir, à comprendre. Ils deviennent spectateurs de ce qui leur arrive, anesthésiés, ils font ce qu’on leur demande. Le temps est figé dans le néant.

Christine Sagnier, dans son livre « un ange est passé » écrit, «  Mon cœur s’est déchiré, mon sang s’est lentement retiré de mes veines, ma bouche est restée vide, mes yeux sont restés vides. »

Ce moment est d’une extrême violence pour les parents mais aussi pour la personne qui annonce.

Les mots même dits avec tact, respect et humanité sont toujours des briseurs de rêves.

«  La nouvelle tomba comme un couperet, j’entendrai à tout jamais au creux de mon oreille, la phrase exacte, qui ce jour là, prit d’assaut mon esprit » dit Chantal Haussaire-Niquet dans son témoignage intitulé «  l’enfant interrompu ».

Puis le refus, la négation de la mort ou de la malformation occupent alors toute la scène.

Puis  la décharge émotionnelle : la colère contre l’objet perdu ou contre une personne ( médecin qui n’a pas vu, compagnon absent, stress au travail…)

Un état dépressif s’installe : humeur triste, désintérêt pour soi et pour le monde, perte de l’élan vital, repli sur soi, troubles du sommeil, de l’appétit, troubles psychosomatiques…

Enfin par petites étapes le détachement s’opère

Nous retrouvons ainsi le dessin de la courbe d’Elisabeth Kluber Ross

Où se place alors la singularité ?

La Singularité se trouve-t-elle dans les raccourcis temporaux  et l’inversion du temps ? (donner la vie  n’est pas compatible avec la mort, mourir avant ses parents non plus)

La Singularité se trouve-t-elle dans le statut pour les parents de cet objet qu’ils vont perdre ? (Grossesse arrêtée, fœtus, bébé ? L’irréalité de cet enfant non né ?)

La Singularité se trouve-t-elle dans le narcissisme convoqué par la conception d’un enfant ? ( c’est une part de soi qu’on perd, l’objet est inscrit dans la chair)

La Singularité se trouve-t-elle dans l’attitude de la société et de l’entourage ? ( qui aurait tendance à escamoter cette mort qui effraie)

 

IMG ou ITG

D’abord il y a l’annonce comme nous l’avons vu.

Le terme de cauchemar revient souvent pour décrire la brutalité de l’annonce, qui plonge les parents dans un état de sidération.

Sylvie Séguret parle d’ « Effroi de soi », l’effroi de se savoir capable de mettre à mort ce bébé en devenir. Comment supporter l’insupportable, comment se voir confronté à choisir ?

La moins mauvaise solution ?

Après il y a l’attente.

Le passage au Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal pour confirmation de ce qui ne va pas: les parents maintiennent souvent leur espoir jusque là. Le couperet tombe.

Un délai de réflexion est proposé pour décider ou non d’interrompre cette grossesse est proposé.

Si l’échographie participe à l’objectalisation du fœtus, l’annonce d’un handicap ou d’une malformation fera choc et précipitera la suspension voir le désinvestissement du fœtus ( il peut devenir «  tumoral », monstrueux, il faut l’extraire au plus vite) .

Ce temps de l’attente est angoissant et douloureux mais il  me paraît nécessaire pour que les parents retrouvent des capacités à penser.

L’accompagnement du psychologue doit être proposé dans ce 1er temps pour aider les parents à revenir vers une représentation authentique (entre idéal et tumoral), plus favorable au déroulement du deuil. Les accompagner pour penser la façon de se séparer de lui/d’elle si le sexe est connu.

« Je n’ai plus touché le ventre de ma femme… je craignais l’accouchement je pensais la perdre elle aussi » dira un papa. «  Je ne peux plus communiquer avec lui, je lui en veux » dira un autre père.

Les anomalies du fœtus créent une blessure narcissique profonde chez les parents, le produit de leur pouvoir génésique est imparfait.

Accepter l’IMG ou poursuivre la grossesse ?

Des soins palliatifs existent, sont protocolisés en salle de naissance afin d’accompagner le bébé dans ses qq heures ou jours de vie.

Puis il y a l’accouchement.

Mettre au monde un bébé mort. L’accouchement fait partie du processus de maternité, c’est une inscription dans la chair. « C’était insupportable ce moment où mon bébé s’échappait de moi, tentant de se frayer un chemin vers sa tombe. » 

La présence d’une sage femme, d’une auxiliaire sont des appuis essentiels  «  Heureusement il y avait l’infirmière qui nous expliquait, qui nous ramenait à la réalité car nous ne savions même plus si nous étions vivants », «  à l’annonce du diagnostic je suis devenue une tombe ambulante. »

Présenter le fœtus ou ne pas le présenter aux parents, le décrire, le prendre en photo, constituer des empreintes, réfléchir à l’organisation ou non d’ obsèques…

Le tempo et la singularité de chacun doivent être pris en compte.

Être là où les parents en sont de leur souffrance, dans la représentation de cet enfant : qui peut être déjà un bébé ou seulement un morceau de chair.

« Je ne voulais pas voir mon bébé, puis je me suis dit que s’ils le proposaient c’est que d’autres parents le faisaient » ( cette maman se relie à la communauté des parents cherchant un appui).

« Je suis contente d’avoir vu mon bébé car cela prouve que c’était vrai que l’attendais un bébé. » 

« Il était beau, ma femme m’a dit qu’il me ressemblait. » (ce papa inscrit son enfant dans sa filiation).

« A partir du moment où j’ai compris qu’il y avait un problème grave, je l’ai complètement désinvesti, j’aurais voulu qu’on me fasse une anesthésie générale pour qu’on m’en débarrasse, qu’on m’enlève tout ce qui était pourri, un peu comme l’opération de l’appendicite. » ( il s’agit là pour ce témoignage d’un déni du bébé, or si ce fœtus n’a pas existé alors il ne peut pas être perdu, quel sera le destin d’un tel processus ? N’y-a-t-il pas un risque pour les générations futures?)

 

Le retour à la maison

C’est le vide, le vide sinistre et abyssal qui peut s’installer, associé à un sentiment d’inutilité insupportable.

Ventre vide, berceau vide, tête vide.

Ils ne sont plus un couple sans enfant comme avant, ils ne sont pas vraiment reconnus parents «  on n’était plus rien » Il n’y a pas de mot pour désigner des parents endeuillés d’un enfant qui n’a pas vécu.

C’est le manque de reconnaissance, la crainte terrible de l’oubli qui peuvent faire le lit de certaines évolutions pathologiques.

Refaire un enfant.

«C’était un besoin vital, une urgence qui m’aurait donné envie de faire l’amour nuit et jour, pour combler ce vide, celui de ma vie, celui de mon ventre. » écrit Christine Sagnier

Refaire un enfant ne signifie pas que l’on oublie l’autre.

Mais le timing n’est pas toujours le même pour chaque membre du couple.

MJ Soubieux décrit des évolutions possibles du deuil repérés dans sa clinique p109 ( je vous les énonce juste)

Le fœtus, objet nostalgique : façon de contourner la perte, la nostalgie anime l’objet, le fait vivre.

Le fœtus, objet mélancoliforme : la libido se retire dans le moi, le moi lui-même est devenu vide.

Le fœtus, objet du non-accomplissement

Le fœtus, objet dépressif

Le fœtus, objet traumatique : reviviscence de la perte

Le fœtus, objet de somatisations

Le fœtus, objet d’incorporation

 

Arrêtons nous sur Le fœtus, objet de sublimation : la voie sublimatoire offre une issue à la pulsion ( de mort), en permettant de retrouver l’objet perdu sous une autre forme.

*Frida Kahlo peint l’horreur de ses FC répétées : « le lit volant »

deuil périnatal

*Marie Shelley crée un monstre « Frankeinstein », avec des morceaux de cadavres, une incarnation de ses bébés perdus ?

L'entourage

« Vous êtes jeunes vous en referez d’autres… c’était mieux ainsi …avec tous les problèmes qu’il avait… »

Marie-José Soubieux écrit : « L’entourage qui soutenait la future mère d’un bébé bien portant, la lâche quand celle-ci porte un bébé mort, renforçant l’idée que c’est elle qui a lâché son bébé. »

L’incompréhension des autres rend la douleur encore plus intense et insupportable «  personne n’en parlait, personne ne l’avait vu, pour eux il n’existait pas. »

A contrario l’entourage peut avoir un rôle très soutenant, une mère se rapproche de sa fille et lui confie des pans de sa vie jusque là passés sous silence…

Il y aura des déceptions mais aussi de belles surprises.

Il ne faut pas que les pères et les mères dépensent toute leur énergie à maintenir vivante la mémoire de cet enfant mort avant d’avoir vécu.

L’absence de rituels socialisés ou familiaux conduit parfois les parents à ériger des stèles virtuelles sur internet.

Sylvain Missonnier s’y est penché : Apparues vers 2005, leur nombre n’a cessé de croître.

Indissociable de l’essor de la sphère culturelle internet et de la multiplication des smartphones : entre 2010 et 2012 on passe sur Youtube de 2milliards à 4 milliards de vidéos vues par jour.

Serge Tisseron parle « d’Extimité », le mouvement qui pousse chacun à mettre en avant une partie de sa vie intime.

La réalisation d’un clip vidéo ( le suivi du nombre de vues, la lecture des commentaires) est, selon Missonnier, la réalisation d’un acte d’extimité créatif, à la fois, individuel, conjugal et même familial favorisant l’apprivoisement de la perte et sa reconnaissance sociale.

C’est le témoin de la lutte des parents contre le déni du deuil périnatal.

 Mais Missonnier attire notre attention, cette stèle peut aussi comporter le risque d’un sanctuaire fétichisé, espace de répétition du traumatisme, comme une prison mélancolique cruelle.

La Perte d'un jumeau

La coexistence de la vie et de la mort prend un caractère encore plus réel.

Deux petits corps, un vivant, un mort,  enchevêtrés dit Marie-José Soubieux.

Accoucher d’un enfant vivant en même temps que d’un enfant mort requiert des capacités psychiques hors du commun .

Comme je vous parle tout le temps de Marie-José Soubieux, je vous propose de vous la montrer, c’est une vidéo tirée du site YAPAKA.BE.

Les enfants jumeaux partagent l’utérus maternel : de cette cohabitation se sont tissés des échanges (sensoriels, proto-affectifs et parfois sanguins).

La mort d’un jumeau  c’est l’interruption de la présence vivante de l’autre . Ce n’est pas la mort qui sépare des jumeaux c’est la naissance.

Mère et fœtus doivent « supporter » la présence du corps mort de l’autre pour que subsiste la vie.

Le fœtus disparaît sans disparaître : Soizic Beauchard parle de «  jumeau évanescent. »

« La mère est à la fois tombeau et berceau. » dit Stéphanie Staraci.

Comment éprouver de la joie avec l’enfant vivant ? Les parents sont pris dans un terrible conflit de loyauté envers leurs jumeaux, comment s’autoriser à être heureux ?

La place qu’occupe le jumeau décédé pour le vivant est fonction des capacités d’élaboration et de métabolisation des parents, nous dit ce même auteur.

Le jumeau perdu ne cesse pas d’être visible, il est convoqué par l’existence de l’autre jumeau.

Le travail du jumeau vivant est de devenir libre de l’histoire du deuil des parents .

Il s’apparente au syndrome du survivant comme nous le dit Marie-José Soubieux. Le survivant est le rescapé d’une catastrophe collective, cette notion selon Benoît Bayle, s’applique au jumeau survivant.

Il peut y avoir l’expression de la culpabilité et de la responsabilité dans la mort de son co-jumeau «  j’ai tout pris dans le tuyau » dit Matthieu, «  pourquoi je ne suis pas mort comme lui ? » dit Jules. Lou s’interdisait de faire des choses car sa sœur qui aurait été lourdement handicapée n’aurait pas pu les faire. Jules encore pense qu’il est indestructible en prenant tous les risques.

Si le jumeau esseulé est décrit comme un survivant par ses parents, un miraculé, alors c’est son existence qui maintient présent le jumeau mort.

La gémellité perdue peut altérer le sentiment d’identité et d’unité du moi.

 

Soizic Beauchard « Journal d’une interruption sélective de grossesse », 1001 BB Erès n°140 (2015)

Témoignage sous forme de journal d’une mère de la grossesse aux 4 ans de son fils Lucas, né d’une grossesse gémellaire. ISG à 4 mois de Gabriel. Le chemin d’une mère pour inscrire chacun dans son histoire. L’incompréhension de l’entourage, les réflexions impossibles à entendre « il t’en reste encore un », renforcent le sentiment de solitude. Personne ne parle plus du bébé mort.

Le Couple

MJ Soubieux nous dit que l’homme et la femme souffrent mais d’une façon différente. Souvent les hommes pensent qu’il ne faut pas montrer leur chagrin par respect pour la douleur de leur femme.

Les pères se sentent si impuissants à les réconforter.

« Il faut arrêter de ressasser le passé, il faut tourner la page. »

Les mères disent que leur conjoint n’en parle jamais, elles ont l’impression qu’ils ont déjà oublié. Elle ont un sentiment de solitude.

Or dans le bureau, reçus ensemble, les émotions sont présentes de part et d’autre mais l’expression de la douleur n’est pas la même. Ce décalage met les couples à rude épreuve, les entretiens psychothérapeutiques sont très bénéfiques.

Le devenir du couple dépendra de ce que chacun peut comprendre et tolérer de sa souffrance et de celle de l’autre, avec un rythme et des réactions propres à chacun.

La quantité des pleurs font peur, or les pleurs sont souvent ce qui empêchent l’effondrement.

La douleur est l’ultime lien à l’enfant «  ma douleur, c’est mon cordon ombilical, c’est elle seule qui me lie à mon enfant » dit la patiente de MJ Soubieux.

Laure Adler dans son livre «  A ce soir » écrit «  La douleur est bien qq chose de vivant, de concret, de palpitant, de turbulent comme un grand chien fou, qui en s’amusant, peut vous enfoncer sans crier gare ses crocs jusqu’au sang. »

Quelques fois le seul moyen de survivre peut être le délire ( seul moyen de défense possible) ; c’est le maintien de l’objet sous forme hallucinatoire. Ce délire est à respecter mais il faut veiller à ce qu’il ne s’installe pas.

Un profond sentiment d’injustice et une rage à l’égard du monde émergent

Christine Sagnier témoigne «  Sur les trottoirs, je ne voyais que les ventres insolents des femmes enceintes, que les sourires radieux de ces nouvelles mères, déambulant le regard fier vers les squares les plus proches. A chaque fois que mon regard croisait l’une d’entre elles, mon ventre s’embrasait de rage, se tordait de douleur. Pourquoi n’était-ce pas leurs bébés à elles qui s’en étaient allés, pourquoi ? Je me sentais mauvaise, si mauvaise d’avoir de telles pensées, presque un monstre ! »

Le papa, lui aussi, peut en vouloir à ce bébé qui ne lui a pas permis d’être un père comblé et qui l’empêche de retrouver sa femme.

Cette colère insupportable adressée au bébé, peut être déviée sur l’entourage, le corps médical, les femmes enceintes comme on l’a vu, ou peut conduire également à une idéalisation du bébé.

Autoriser les parents à ressentir cette colère, leur permettre de la formuler sans se considérer comme de mauvais parents est une attitude soignante essentielle.

Le sentiment de culpabilité est lui aussi présent : faute réelle, faute imaginaire ?

« Je ne me suis rendue compte de rien, c’est insupportable qu’il soit mort dans mon propre corps sans que je puisse venir à son secours ; une mère s’est fait pour protéger et je ne l’ai pas fait ».

Cette culpabilité conduit les femmes à s’interdire tout plaisir, toute source de joie, ce serait une trahison.

La honte, la honte de ne pas pouvoir s’acquitter de la dette de vie. 

Les parents doivent puiser en eux des ressources inexplorées jusqu’alors pour se sentir encore vivants.

«  je n’aime plus mon corps, je n’ai plus envie de rapports sexuels. »

MJ Soubieux décrit le travail du psy : «  permettre la régression, la révolte, le retrait, l’excitation, les cris, les pleurs. Accepter d’être le dépositaire psychique de l’impensable de l’autre, le temps que la suivie soit assurée. »

 

Laisser du temps… «  ce n’est pas refuser la réalité de ton départ dit Chantal Haussaire-Niquet, c’est juste m’accorder un peu de temps pour consommer l’absence, pour te laisser exister, pour ne pas trahir ta présence si petite de vie sur notre terre.»

La Fratrie

Le corps maternel est scruté dans ses modifications par l’aîné. Cette grossesse est l’occasion (selon l’âge de l’enfant bien sûr) d’une curiosité et d’une élaboration personnelle de la sexualité.

( leur mère a une sexualité, le père est procréateur, l’aîné perd sa place oedipienne auprès de la mère, celui ci déplace l’agressivité envers le bébé  rival pour protéger l’image paternelle. La perte d’un bébé renvoie à l’aîné la destructivité contenue dans ses pensées).

La virtualité de ce bébé est elle protectrice pour l’aîné ou cela complexifie t’il le processus de deuil devant l’absence d’objet vers lequel adresser ses pulsions agressives ? Cela reste une question !

Dire.

Comment dire, comment trouver une formulation pour les enfants aînés alors que la situation est encore « indiscible » pour les parents ?

Le temps de mise en pensées pour eux même est indispensable avant l’annonce aux aînés.

Il faut une cohérence entre le ressenti des parents et ce qu’ils vont transmettre.

Par exemple, une FC en début de grossesse est ce pour eux un bébé mort ou une grossesse arrêtée ?

La détresse de l’aîné n’est pas identique à la leur : les aider à penser cet espace de différenciation peut leur permettre de retrouver une fonction contenante auprès de leurs aînés.

Au moment où les compétences des parents sont mises à mal (vécu d’échec narcissique à donner la vie), soutenir que leur parole est essentielle à leurs enfants, c’est l’occasion aussi de les requalifier dans leur rôle de parents.

La disponibilité de l’enfant à un tel échange peut être courte ( selon l’âge toujours).

Mais il me semble important qu’il perçoive que la détresse ressentie peut être partagée par des mots avec ses parents et que cet échange pourra se répéter quand il en éprouvera le besoin.

Car le non-dit laisse l’enfant seul, il se crée alors un scénario alimenté par ses terreurs infantiles.

Il est essentiel de souligner la gravité et le caractère exceptionnel de ce qui touche ce bébé, pour que l’aîné puisse différencier cet événement d’une maladie que lui pourrait connaître.

Je pense aux paroles d’une maman à sa fille aînée, « c’est dame nature qui l’a repris », celle ci ne pouvait plus sortir dans le jardin sans la présence d’un adulte.

Le mot « mort » est difficile mais nécessaire : c’est un mot qui désigne un événement grave, éloigné du quotidien, qui explique et la disparition du bébé et la douleur parentale.

MJ Soubieux dit très justement que ce n’est pas la parole qui fait de la peine, c’est événement !

Parler ou non de l’IMG, les parents me posent souvent la question : je pense que l’enfant jeune peut prendre peur face à cette toute puissance parentale. Mais il est possible de ne pas fermer la porte à raconter plus tard cette part d’histoire dans un récit plus apaisé.

 

( Notion de mort chez l’enfant. Avant 5 ans pas de reconnaissance du caractère irréversible de la mort. 5 /9 ans, la mort est souvent personnifiée. Après 9 ans, la mort est intégrée au processus de vie, l’enfant peut aussi penser sa propre mort).

 

Pour l’enfant aîné, comme pour le jumeau vivant, il faut que le processus de deuil l’amène à se décaler de l’identification au deuil des parents.

Bérangère Beauquier-Macotta dans son texte contenu dans le dossier du Carnet Psy, donne des points de repères pour une annonce de décès prénatal à un aîné si vous le souhaitez.

Elle parle également de la place que les parents peuvent assigner à l’enfant aîné :

–            l’enfant porte-parole : c’est à partir du discours rapporté de leur enfant que les parents abordent leurs propres mouvements internes

–            l’enfant et le fantôme : rival invisible, un idéal inatteignable

–            l’enfant régressé : les parents régressent dans un maternage avec leur aîné

–            l’enfant devient le rival survivant : sa vie devient le témoignage de la perte de l’autre

–            l’enfant qui surcharge : ses demandes peuvent devenir insupportables car éloignant de la pensée de l’enfant mort

Il y a également la place dont l’aîné se saisit auprès de ses parents :

–            l’enfant thérapeute, qui se donne pour tâche de prendre soin de ses parents : ce qui l’éloigne des enjeux développementaux de son âge

–            l’enfant parfait : qui dissimule ses émotions et ses difficultés

Il faut souligner qu’une véritable dépression maternelle installée peut être très délétère pour les enfants aînés et les puinés.

La grossesse suivante

La perte est belle et bien présente dans cette nouvelle grossesse, dans le psychisme de la mère mais aussi dans son corps marqué à jamais d’avoir porté la mort en son sein. Lors des consultations, la tristesse et le manque d’allégresse contrastent avec les grossesse habituelles.

Je pense comme Marie-José Soubieux que la réactivation du deuil n’est pas problématique, elle permet au contraire de poursuivre son élaboration. Cette nouvelle grossesse apporte un espoir et lutte contre l’immobilisme psychique.

Cependant elle est à la fois porteuse d’espoir et virtuellement le lieu d’un nouveau drame, les couples vivent dans cette ambivalence.

Il y a souvent un sentiment d’estime de soi perturbé, des affects de tristesse, des symptômes dépressifs et anxieux.

 

Les couples se projettent peu dans le futur. Les mouvements fœtaux ne sont plus signes de rêverie mais marqueurs de la vitalité du fœtus. «  C’est une période de blanc de fantasmes où l’anticipation et les rêveries sont entravées, voire impossibles ». La rêverie pourra réapparaître lorsque certaines dates anniversaires seront passées.

On remarque chez certaines mère, une forte culpabilité d’être à nouveau enceinte vis à vis du bébé mort, ou bien une culpabilité de ne pas pouvoir investir ce nouveau bébé comme elles le souhaiteraient.

Comment va se nouer le lien à cet enfant sur lequel plane l’ombre de l’enfant non né ?

La crainte d’oublier l’enfant mort, d’avoir l’impression de l’abandonner en investissant le nouveau bébé, est un frein à l’accroissement de l’attachement prénatal.

  • Salvador DALI, portera le nom de son frère mort avant lui et n’aura de cesse par ses excentricités de se démarquer. 
  • Vincent *Van Gogh est né un an jour pour jour après un frère aîné mort né. Ses parents lui donnent le même prénom et l’amène chaque dimanche sur la tombe de son frère où il voit son propre nom inscrit.
  • Camille Claudel, née 16 mois après un frère décédé, sa mère souhaitait un autre garçon, elle lui donnera ce prénom mixte mais la repoussera.

Texte de Pierre Van Damme « L’angoisse de naître pas soi, n’être qu’un enfant de remplacement ». ( revue Gestalt)

L’enjeu de l’accompagnement parental, l’ écoute de tous les soignants, sera de permettre la différenciation des bébés, la possibilité d’accorder à chacun sa place.

Nous pouvons souligner que l’accouchement peut être aussi un moment d’élaboration de la mort du bébé précédent et de différentiation des deux enfants «  il était plus petit… là c’est un bébé fort qui a forcé le passage ».

Camille Laurens après avoir écrit « Philippe » après la mort de son fils né et mort à quelques heures de vie, témoigne dans le livre collégial « Naissances » de ce qui s’est passé pour elle à la naissance de sa fille venue ensuite.

L'équipe soignante

C’est la pluridisciplinarité de l’équipe qui permet d’assurer une continuité et une fonction de contenance.

L’enveloppe crée autour des parents pourra les aider à retrouver leur capacité de penser et leur permettre de s’appuyer sur leurs ressources internes.

Ce travail relève de la véritable prévention des deuils pathologiques, des grossesse ultérieures, pour les enfants qui sont déjà nés et ceux qui naîtrons ensuite.

Françoise Molénat écrit que « perdre un enfant est une immense douleur, mais on peut la traverser, se sentir abandonné, en revanche, est inassimilable, la sensation de mort envahit tout ».

Mais il faut aussi s’intéresser à ce que vivent les soignants, à ce qu’ils éprouvent, toutes ces histoires touchent et bousculent. La mort d’un bébé renvoie les médecins et l’équipe soignante au fait qu’ils ne savent pas tout, ne peuvent pas tout.

Le respect de l’application d’un protocole ne sera pas une barrière suffisante face à l’émergence de représentations.

Diane de Wailly dit très justement que les émotions des uns entrent en résonance avec celles des autres. A chaque parent une nouvelle adaptation de l’équipe est nécessaire.

Comment supporter l’effondrement ( lors d’une MFIU), cette « agonie primitive » des parents (comme le dit Winnicott) ? Comment supporter le geste du fœticide lors de l’IMG?

Je pense avec MJ Soubieux qu’un espace de partage intra-équipe serait nécessaire à la maternité. Le psychologue, membre de l’équipe à part entière, peut favoriser la circulation de la parole, avoir une fonction de réceptacle des angoisses afin d’atténuer les tensions. Pouvoir réinterroger régulièrement les attitudes et les vécus des soignants en lien avec les réactions des parents me paraît indispensable, les formations également.

Afin que chacun puisse trouver une place JUSTE auprès des parents.

La prématurité peut aussi représenter un deuil

Le deuil d’une grossesse « entière » et d’une naissance « normale ».

C’est une interruption prématurée du processus psychophysiologique de la maternité.

L’enfant est « mal-venu ».

Il faut une couveuse pour la remplacer, un « holding technique » s’interpose entre la maman et son bébé.

Le professeur R.Andrau parle d’une mère «  pétrie de reconnaissance et de rancune » face à l’équipe de réa-néonat.

Le 1er contact corporel avec l’enfant, le porter, le nourrir, l’emmailloter… a la vertu d’effacer la confusion, d’atténuer le sentiment anxieux.

Quand l’enfant sort du service de néonatologie il y a comme une hétérochronie, il y a presque nécessité de le ré-aimer dit Michel Soulé.

Les demandes de prolongations de séjour recouvrent la crainte de reprendre l’enfant qui fait peur.

La migration

La vulnérabilité liée à la grossesse est potentialisée par la vulnérabilité liée à l’exil. Exil qui contraint à des réaménagements par la perte des repères et sollicite beaucoup d’énergie physique et psychique qui fragilise. La succession des pertes lors de la migration peut amplifier la douleur liée au deuil actuel.

Le deuil dans les pays occidentaux est psychologisé, dans d’autres cultures il peut être somatisé

–            en Chine

–            en Algérie ce sont les femmes qui expriment, les hommes n’y sont pas autorisé

–            à Haiti, les mères hurlent, se tiennent l’estomac, sautent, courent

–            à Taiwan parler de la mort et exprimer son chagrin est tabou

–            en Inde, l’échec d’une naissance rejailli sur toute la famille

 

Il faut replacer les symptômes cliniques dans leur contexte socio-culturel lorsqu’on rencontre une famille endeuillée.

La place du psychologue

Elle se conçoit pour moi au sein d’une équipe, en lien avec tous les professionnels de la naissance.

Pierre Fédida définit la psychothérapie comme « une réanimation du psychique inanimé » qui permet au sujet de retrouver « sa créativité psychique.»

Accueillir le monde interne des patients et les aider à retrouver une capacité d’élaboration et de représentation est une des tâche première du thérapeute.

C’est souvent la manière d’accueillir le patient qui inaugure la situation analytique : ce 1er contact au téléphone ou dans la chambre.

MJ Soubieux dit qu’il est important de se laisser affecter par les plaintes du patient car celui ci teste d’une certaine manière notre engagement et notre stabilité intérieure.

Dans cette rencontre l’enjeu d’humanité est en question.

Accueillir toutes les projections des patients même les plus agressives, les plus archaïques,  réaliser une sorte de « holding psychique » en tenant dans le temps, en n’étant pas effrayée par ce qui est dit : « Je dois être empathique tout en contenant la «  terreur » et rester vivante sans être sidérée par l’effroi » dit MJ Soubieux. 

« Accepter d’être utilisée comme un « objet malléable », accepter d’être transformée en mère haïe ou bienveillante, accepter d’être détruite et reconstruite…pour les aider à retrouver une activité de pensée, une confiance en la vie, un sentiment de sécurité interne et une créativité psychique. »

Le psychologue ne réalise pas de travail interprétatif mais survit aux attaques.

Je laisse les patients faire eux même les liens avec leur histoire, à leur rythme propre.

Mais il ne faut pas oublier que le psychologue se doit d’interroger ses propres limites. La clinique du trauma est importante dans notre pratique : entendre que le parent se soit senti spectateur de l’événement, comme détaché de ses affects.

Proposer des mots sur cet indicible si besoin ( en lien avec l’expérience clinique, les mots prononcés par d’autres parents) afin de nommer ce qui est vécu ( qui ne doit pas rester une masse informe engluant tout le psychisme) : les mères disent souvent «  c’est exactement ça » ou «  oui moi j’ai senti ça en plus » et elles trouvent le bon qualificatif, celui qui leur correspond …

Le travail de l’analyste a trait à la fonction «  alpha » de Wilfred Bion : dans le sens de transformer les premières impressions brutes et impensables des patients en pensées mais il ne s’agit pas de le faire à leur place mais plutôt de les aider à réaliser eux même cette transformation des éléments « bêta » en éléments « alpha ».

Sur l’unité de périnatalité nous n’avons que très peu expérimenté le travail thérapeutique en groupe.

Pourtant ce que j’ai pu lire sur des groupes de parents ou de mères endeuillés me semble tout à fait pertinent pour contenir les psychismes totalement désorganisés de ces parents . C’est une modalités d’accueil que nous allons essayer de penser.

Associations de parents

petiteemilie.org : livret pour les parents sur IMG et deux petits livres pour aider à l’annonce aux aînés et puînés.

association-agapa.fr : qui propose des accompagnements individuels ou de groupe à Paris, région parisienne et qq villes de province ainsi que des formations. Vous pouvez consulter les actes du colloques de 2014 sur le site.

lespleurnicheuses.fr : « un élan de créativité après l’insurmontable », site qui propose un blog de témoignages et des tutos couture.

Bibliographie - Deuil Périnatal

Sigmund FREUD, «  Deuil et Mélancolie », PBP, 1917

Mélanie KLEIN « Deuil et Dépression », PBP, regroupe deux textes sur la genèse des états maniaco-dépressifs, 1934-1940

Karl ABRAHAM, « Manie et Mélancolie », PBP, regroupe trois textes sur la maladie maniaco-dépressive

Marie-Frédérique BACQUE, Michel HANUS, «  Le Deuil », PUF, collection Que Sais-Je, 2012 ( édition corrigée)

Laurie LAUFER, «  L’Enigme du deuil », PUF, 2006

Pierre FEDIDA, «  Des Bienfaits de la Dépression », O.JACOB, 2001

Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris , sur les signes extérieurs du deuil ( écrit intéressant sur les vêtements)

Françoise MOLENAT, « Naissances : pour une éthique de la prévention », ERES, 2001

Sylvain  MISSONNIER, «  La Consultation Thérapeutique Périnatale, un psychologue à la maternité », ERES, 2003

Marie-José SOUBIEUX, Michel SOULE, «  La Psychiatrie Foetale », PUF, collection Que Sais-Je, 2005

Patrick BEN SOUSSAN, «  Le Foetus Exposé », ERES, collection 1001 BB, 1998

Marie-José SOUBIEUX, «  Le Berceau Vide », ERES, 2013 ( édition corrigée)

Marie-José SOUBIEUX, «  Le Deuil Périnatal », coll YAPAKA.BE

Frédérique AUTHIER-ROUX, «  Ces Bébés passés sous silence », ERES, collection 1001 BB, n°20, 2006 ( édition corrigée)

Benoît BAYLE, Béatrice ASFAUX, «  Perdre un Jumeau à l’aube de la vie », ERES, 2013

 

Revue Le CARNET PSY, «  Le Deuil après une Mort Prénatale », décembre 2014/ janvier 2015 ( Plusieurs auteurs)

Revue GESTALT, n° 43, 2013,  Pierre VAN DAMME «  L’angoisse de naître pas soi, n’être qu’un enfant de remplacement »

 

Témoignages

DC post-natal

Laure ADLER  «  A Ce Soir », Folio poche

Camille LAURENS «  Philippe », Folio poche

MFIU

Christine SAGNIER, «  Un Ange est Passé », Climats, 1998

IMG

Chantal HAUSSAIRE-NIQUET , « L’Enfant Interrompu », Flammarion, 1998 ( avec l’éclairage de G DELAISI DE PARSEVAL psychanalyste  ET M DUMOULIN médecin)

ISG

Soizic BEAUCHARD, «  Journal d’une Interruption Sélective de Grossesse », ERES, collection 1001 BB, n°140, 2015

 

«  NAISSANCES » , huit témoignages de romancières, POINTS, 2005 ( dont celui de Camille Laurens évoquant la naissance de son enfant née après  « Philippe »)